Sur les routes du Mozambique

Le Mozambique ? Mais, pourquoi le Mozambique ? M'a-t-on demandé.
Et puis, où c'est ?
J'ai hésité à dire que c'était là où il y avait ma Cousine. Bon, c'est en Afrique noire, sous le Sahara. Très sous le Sahara. Là où il y a de l'eau.

Comme tout voyage bien préparé et rodé, tout a commencé l'avant-veille, quand je me suis rendu compte que je ne partais pas le surlendemain, mais le lendemain. Je me suis donc résigné à préparer mes affaires, plutôt que de monter le Piton des Neiges. Il n'y a pas besoin de pull au Mozambique, un petit sac à dos avec le nécessaire suffira (hamac, savon, et un souvenir de la Réunion).

Le voyage en avion n'est pas tout-à-fait direct : il y a une découverte de l'île Maurice et de l'aéroport de Johanesbourg au programme. Ça a été amusant de faire un tour à Maurice : c'est la première fois que j'arrivais dans un pays sans connaître la langue, la monnaie, la religion, ni les formalités douanières. Je me suis dit que comme c'est une île touristique, ça devait être facile. Bref, les Mauriciens sont hindous, ils roulent à gauche, ils commercent avec des roupies, parlent français aux touristes, et créole entre eux. Encore des gens qui ne savent pas choisir...

Au bout de 2 jours d'avion, j'arrive à Maputo, la capitale ! (Oui, j'ai loupé une correspondance, du coup on m'a offert l'hôtel et le restaurant à Johannesbourg). Après avoir traversé, en taxi, les bidonvilles qui s'étalent autour de la ville, j'ai sillonné le centre-ville à pied. Une sorte de sable rouge tapisse les rues, et se déplace au gré des vents. Le marché central s'étend à travers les rues voisines, où les vendeurs, ou les artisans, déposent leurs bibelots ou leur savoir-faire le long des trottoirs. Ça me faisait penser à Kingston, en Jamaïque. Le nom des rues rappelle l'orientation politique du gouvernement : Ho-Chi-Minh, Kim-Il-Sung, Robert Mugabe, Mao-Tze-Tung, Wladimir Lénine... Ce sont les rebelles communistes qui ont été nommé à la tête du pays au départ des colons portugais, en 75. J'ai croisé beaucoup d' "artistes", qui vendaient tous les mêmes toiles, et demandaient surtout de l'argent pour manger. Dans les quartiers riches, le soir, les jeunes allaient courir, faire de la gym, souvent en groupe, parfois avec un coach. Un peu comme dans les parcs parisiens ou montpelliérains.

Pour rejoindre ma Cousine, il me faut parcourir les 3/4 du pays, c'est-à-dire 1800 km, en bus. Je ne suis pas rendu... Je décide de faire deux haltes pour visiter le pays. Depuis le début des années 90 et la fin de la guerre civile, le Moz' est un grand pays calme. Ils essaient de développer le tourisme, grâce à leurs grandes plages et leurs réserves naturelles. Il y a des hôtels qui poussent, mais les infrastructures ont du mal à suivre.

Le voyage pour Inhambane est confortable. La ville est calée dans une presqu'île : il faut prendre le bateau pour la rejoindre. Je n'ai pas eu de mal à trouver un bon emplacement pour mon hamac, avec vue sur la mer. A quelques kilomètres de là se trouve Tofo, spot pour surfeur, avec sa grande plage presque déserte, ses bars, ses concerts. Et aussi ses plongeurs, qui ont la possibilité de nager au milieu de raies manta, de requins-baleine, de dauphins, et même de dugong pour les plus chanceux. Pour ma part, j'ai croisé quelques fauves sur la route : des chèvres, des vaches, et même des chats ! Heureusement, ils n'ont pas l'air agressifs.

Le voyage jusqu'à Vilanculos se fait en chapa, ces mini-bus où l'on entasse les gens au maximum, et où le chauffeur s'arrête à la demande. Vilanculos ressemble à un grand village africain, sans plan d'urbanisme (pas de place centrale), et avec ses huttes traditionnelles. J'étais plutôt habitué à voir les maisons en béton et en tôle, aussi les belles huttes en bois et en paille me semblaient faites pour amuser les touristes. Mais il y a vraiment des locaux qui vivent dedans. Et j'en ai retrouvé plein dans les rizières autour de Quelimane, où les gens n'ont personne à impressionner, puisqu'il n'y a pas de touristes. Notez, la paille isole de la chaleur bien mieux que la tôle.

Inchope n'était pas une étape prévue, mais j'ai pas réussi à faire mieux. Je venais de voyager en bus toute la journée. Inchope ressemble à une ville-frontière : une seule rue où il n'y a que des bars et des coiffeurs, et où ne circulent que des bus et des gros camions. Je suis arrivé de nuit, sous la pluie. La route était boueuse, il n'y a pas d'éclairage publique, et des monticules de déchets s'écoulaient jusque sur la chaussée. Il n'y a pas d'agence de bus, pas de panneau, il faut demander aux gens les informations, et commencer à les croire quand ils sont plusieurs à dire la même chose. On se croirait en Amazonie, les camions ayant remplacé les pirogues. J'ai passé la nuit dans un bar où le son de la télé était au maximum, avec des voyageurs qui attendaient aussi le prochain bus, ou un camion qui puisse les avancer. Il y a quelques mois, la ville était "fermée", car il y avait des attaques rebelles dans la région. Heureusement, le chef de l'opposition rebelle a réussi à s'entendre avec le président de la république pour signer un accord de paix démocratique (2 votes suffisent pour la démocratie mozambicaine, s'il s'agit de la voix des dirigeants), du coup, j'ai pu passer.

En à peine une semaine de voyage, me voici chez ma Cousine ! Et, juste à temps pour la fin du carnaval.
Quelimane est la 4 ème ville du pays. C'est une ville qui tombe en désuétude depuis la décolonisation. C'est un parti d'opposition qui est au pouvoir, alors ils ne reçoivent pas trop de subventions de la part du gouvernement.

Les plats du quotidiens ne varient pas beaucoup. Sur tous les marchés, on trouve du poulet, avec du riz ou de la xima (semoule de maïs) et de la feijoade (sauce avec des haricots rouges). C'est sympa, pas cher, et on s'en lasse assez vite. Sinon, j'ai découvert les cacahuètes fraîches (ça a la consistance des noisettes), les cacahuètes bouillies (la consistance des marrons cuisinés), et les avocats sucrés. C'est marrant !

Bref...

... on peut acheter des souvenirs de Guadeloupe à Maurice.
... au marché central de Maputo, j'ai mangé dans l'espace cuisine d'un mini-snack, au milieu des cuisinières. J'ai voulu immortaliser l'ambiance d'une photo, mais l'une des cuisinière ne voulait pas risquer de se retrouver sur FB, avec son tablier qui ne la mettait pas en valeur. Les Mozambicains sont plus méfiants que les Français au sujet des informations qui transitent sur internet !
... la bière est bien meilleure que dans d'autres zones tropicales. Ils ont trouvé un truc pour qu'elle ait plus de goût : le sucre ! Ils ont aussi des bières locales à base de manioc ou de mil.
... l'une des principales bières s'appelle la Mac-Mahon. On m'a dit que le général français était venu dans le pays, et qu'il y avait monté la première brasserie... on m'a aussi dit qu'il y avait eu un conflit territorial avec l'Afrique du Sud, et que, plutôt que de prendre les armes, les deux pays ont fait appel à un arbitrage international, lequel avait été rendu par le général Mac-Mahon. Et que celui-ci avait donné gain de cause aux Mozambicains. Allez savoir...
... le café est aussi cher que la bière.
... au carnaval, je me suis retrouvé dans la tribune avec les responsables locaux. Ce qui est bien, avec les gens de la mairie, c'est qu'il y en a toujours un qui connait le responsable des boissons.
... les écoliers portent des uniformes. Et ce, dès qu'ils savent marcher, c'est-à-dire dès la crèche !
... au supermarché, le vigile tamponne le ticket de caisse, pour vérifier qu'il n'y a pas "d'excédent". Les supermarchés semblent être pour les privilégiés, ceux qui ont un vrai "job". La population n'est pas la même que sur les marchés.
... à peine arrivé, j'ai demandé à ma Cousine si elle avait des enveloppes en papier-bulle. Elle n'en avait pas. Elle m'a dit qu'il y en aurait peut-être à la papèterie face à la poste. J'y vais le lendemain. Les articles sont derrière le comptoir, il faut s'adresser aux vendeurs. Je décide de repasser le lendemain. Le surlendemain, j'entre, armé de mes trois mots de portugais. Je me rends compte que même en anglais ou en espagnol, je ne sais pas dire "enveloppe". Je m'avance. Je dis bonjour. Jusque là, tout va bien. Je prends mon courage à deux mains, et je leur demande s'ils parlent anglais. Ils me disent que non. Mais qu'ils veulent bien m'aider en portugais. Je leur fais des signes. Ils ont bien des enveloppes. Mais, rien de résistant. Je retourne chez ma Cousine. Sur une étagère, je vois du papier bulle. "Elise, t'aurais pas une enveloppe ? - Si. Pourquoi ?".
(A ceux qui se demandent : "mais pourquoi voulait-il une enveloppe de papier-bulle ?!" C'est simple. J'avais été hébergé par un ami, qui m'avait confié la clef de sa hutte. Et j'ai oublié de la lui rendre. Il me fallait une enveloppe en papier-bulle pour la lui renvoyer par la poste locale.
  

Entendu :

Dans une épicerie, à Maurice : "- Je voudrais une bière, dis-je.
- La bouteille est trop grande, prenez la canette, me réponds l'épicier.
- Je prends la "guiness".
- Il faut la prendre en canette.
- Elle fait combien, la bouteille ?
- 100 roupies. Mais, il faut prendre la canette.
- Elle fait combien en contenance ?
- Elle est trop grande, il faut prendre la canette.
- Bon, je prends la bouteille. Vous pouvez me l'ouvrir ?"

"Tu es Breton, tu viens de l'océan, et tu n'as jamais eu de palmes ??"
"A Tofo, tu n'as pas fait de safari en mer ? Tu ne connais pas Tofo !"
"Je t'invite à dormir chez moi. Tu as une brosse à dents ?"

Bonnes nuits,

Fabs

 Escale à Maurice
 
Mahebourg, à côté de l'aéroport de Maurice.

 Une grande sculpture Makondé accueille le voyageur qui arrive à l'aéroport de Maputo.
  
 Le marché principal de Maputo est propre, et il y a des allées entières dédiées à la capilliculture.
  
 La maison de fer, dessinée par Gustave Eiffel. C'est beau, et ça tient bien chaud, ce qui n'est pas forcément une bonne idée, sous les tropiques. Elle est restée très longtemps inoccupée. Sans doute jusqu'à l'arrivée de la climatisation.
 
 Un bar dans une maison coloniale.
  
 La cathédrale d'Inhambane indique une heure différente à chacun des côtés de son clocher.
  
 Inhambane est une ville agréable, colorée, avec quelques parcs verdoyants.
  
 Les bars font sponsoriser leur décoration. 
Alors que les sodas et services de téléphonies font de grandes façades rouges avec leur nom en grand, les marques de bières donnent un peu de vie aux murs.
  
 Les petites échoppes au bord du marché de Maxixe.
On peut y trouver du poulet, avec du riz et des haricots rouges. Pour varier, on peut remplacer le riz par de la xima.

 Des sculptures locales, laissées presque à l'abandon, à la merci des intempéries.
 
 Les échoppes s'étendent le long de la route.
De nombreux Mozambicains jobbent en vendant des noix ou des téléphones dans des cabanes, 
ou sur le trottoir.
Le marché central s'étale à n'en plus finir autour du marché couvert, en petites ruelles sombres et boueuses en saison des pluies, sans doute poussiéreuses en saison sèche, et certains commerçants semblent vivre derrière leur étal, ou au fond de leur petite boutique. 
  
 Des lézards.
  
 Mince ! J'ai un souci avec mon shampooing...
Il ne part pas avec l'eau de mer.
  
 Sur les îles de Bazaruto, au large de Vilanculos, les dunes. La plus grande fait 300m de hauteur.
  
 Et, hop ! J'ai caché ma magnifique coiffure sous une casquette.
Astucieux, hein ?
Derrière, les autres îles. La plus grande abrite une réserve avec des antilopes,
 des buffles et des crocodiles. 
  
 De longues plages presque désertes, où l'on croise tout juste quelques touristes,
des pêcheurs, des crabes qui semblent avoir peur de l'eau, 
et une jeune femme qui rêve de voir des dugongs.
  
 Des oiseaux mozambicains. 
On dirait des cormorans, mais pas très.
Ils ont un peu un bec de pélican, mais pas très non plus.
  
 Le pire chapa que j'ai pris : en plus d'être serrés les uns contre les autres,
la charpente se désossait et menaçait de s'effondrer sur la route.
On tient jusqu'à 25 à l'intérieur : 5 sur le banc de droite, 5 sur le banc de gauche, 
et 15 dans l'allée au milieu. 
  
 On repère facilement les vendeurs de recharge téléphonique.
  
 Quelimane est la ville des vélos !
On en trouve partout, ils transportent ce qu'ils veulent avec, et les taxis-vélo vous font traverser la ville pour à peine 10 centimes.
 
 La mosquée de Quelimane.
  
 Une belle maison coloniale.
  
Quelimane est une ville entourée de rizières, et de cocoteraies.
  
 Un pont "artistique". Il a supporté le poids de mon vélo.
  
 Les rizières.
On y croise des oiseaux qui ressemblent à de grosses pies, mais avec un bec de corbeau, 
et un chant de flamand rose. 
  
 Une maison bien décorée. On retrouve ce type de décoration dans certains bars.
  
 Le sol est mis à nu aux abords des cases.
  
 La plage de Zalala.
Encore plus propre qu'une plage suisse. Des kilomètres de plages sans rencontrer personne, 
hormis quelques pêcheurs.
(NB : si vous n'avez jamais vu de plage en Suisse, vous n'avez qu'à faire un effort d'imagination !)
 
 Mais, que boit ma petite cousine ??

 La porte de l'appart' de ma cousine...
Elle l'a fait "sécuriser" après s'être fait cambrioler. Oui, il y a bien 7 petits verrous, et aucun gros. Et oui, sur les 3 verrous plus costauds, il y en a bien 2 qui sont maintenus ouverts avec un élastique et un sac plastique. C'est bête, mais c'est compliqué d'ouvrir une porte en tenant 3 verrous à la fois...
  
 Ce n'est pas une légende, les femmes portent tout sur leur tête.
Et ça tient même s'il y a un marmaille qui leur court dans les jambes, 
ou si elle doivent ramasser quelque chose à terre.
Sur les axes secondaires, les pistes sont sillonnées par une vraie fourmilière humaine, qui se déplace à pied, en vélo, ou plus rarement en scooter ou en 4x4.

 Le nucléo de arte !
C'est une salle d'expo tenue par une associations d'artistes. A côté de la salle d'expo, un bar, une terrasse et les ateliers. On peut aller boire une bière avec les artistes, faire le tour des ateliers, jouer aux échecs, discuter avec tout le monde... bref, un super moment dans un excellent endroit, même si je me suis fait écraser aux échecs !
 
   

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