Je suis bien revenu de Jamaïque, ce pays où tout le monde s'inquiétait de me voir partir, car les journaux disent qu'il est "très dangereux" !
Le drapeau de cette île est noir, jaune et vert. Noir, parce qu'il y fait souvent nuit (tous les jours !), jaune, parce qu'il y a beaucoup de bananes, et vert, parce que les extra-terrestres y sont les bienvenus. Il symbolise la devise : "Hardships there are, but the land is green and the sun shines" ("Il y a des souffrances, mais la terre est verte et le soleil brille"). Cela pourrait être adapté en Bretagne par "Le ciel est gris et il nous tombe sur la tête, mais il y a de la joie."
Bon, déjà, par rapport au voyage à vélo, le fait de voyager à pied et en transports m'a permis de rencontrer du monde beaucoup plus facilement. Les Jamaïcains sont très chaleureux et on discute aisément avec les gens que l'on croise. Bien sûr, il y en a eu quelques-uns qui voulaient absolument m'aider, et qui en fait avaient besoin que je les aide (les blancs, évidemment, ont toujours plein d'argent !).
Sur cette île la musique, le reggae essentiellement, est partout. Même au cœur des montagnes, pas besoin de baladeur, j'entendais toujours de la musique venant de la vallée, ou d'une maison isolée. La seule fois où j'ai entendu de la musique classique, c'était dans une petite épicerie, où la gérante écoutait une radio chrétienne (les Jamaïcains sont très croyants). Les gens râlent contre les mesures du gouvernement qui visent à contrôler le "volume sonore" (il est vrai qu'à Port Antonio, il y a la musique à fond dans la rue dès 6h45 du matin). Ils considèrent que cela détruit leur culture, festive, et qu'elles limitent l'accès des pauvres à la production musicale. Or, ce sont les pauvres qui produisent la meilleure musique. Et, comme le reggae est la musique 'la plus puissante", ils craignent qu'un autre pays en devienne le leader.
On pense que la Jamaïque est le pays des rastafaris. Mais les rastas (environ 20% de la population) sont des marginaux, souvent mendiants, plus ou moins propres, que la population considère (en généralisant un peu trop) comme tout au bas de l'échelle sociale. Nombre de ceux que j'ai rencontrés avaient le cerveau à moitié détruit par le cannabis, 5 dents, et 7 mots de vocabulaire : "Yeah mon", "No problem", "natural" et "roots are roots". Evidemment, au Sumfest, ce gros festival de reggae qui se passe en Jamaïque, à proximité des hôtels de luxe, les rastas locaux étaient absents, faute de pouvoir s'acheter une place. Mais ils ont plein de concerts à travers l'île pour se rattraper.
Sinon, les gens ont été surpris de savoir que j'étais français et que je venais d'Amérique du Sud. La douanière m'a posé 36 questions, et notamment où était le visa qui indiquait que j'étais bien entré en Guyane. On m'a également demandé s'il neigeait là-bas...
Entre autres banalités, j'ai reçu une demande en mariage, dans un bus, de la part d'une jeune Jamaïcaine, au demeurant très jolie. Après avoir décliné, car on ne se connaissait que depuis 15 secondes, elle m'a demandé de l'argent, et m'a dit qu'elle était prête à donner de son corps pour cela.
A propos de bus, les Jamaïcains rentabilisent bien leurs véhicules : on s'est retrouvé à 25 dans un minibus (imaginez en fait un van suffisamment étroit pour se croiser dans la montagne), et à 8 dans un taxi. Bien entendu, les ceintures, si elles sont présentes, sont purement décoratives.
Les Jamaïcains ne sont pas habitués à dormir en hamac ! J'ai donc fait découvrir à certain(e)s d'entre eux ce mode de couchette.
Les centres de village, dans la montagne, se composent de 3-4 petites maisons, dont 2-3 commerces. Les maisons résidentielles sont de part et d'autre de la route, à flanc des pentes abruptes de montagne, à moitié, ou totalement, cachées par la végétation tropicale. La différence avec les montagnes de l'Ardèche, par exemple, c'est qu'en Ardèche, les jeunes sont partis en ville, laissant au village essentiellement des vieux. Alors qu'en Jamaïque, comme 62% de la population a moins de 25 ans (encore plus qu'en Guyane !), il y a encore beaucoup de jeunes et d'enfants.
Les maisons sont incroyables. On peut les aimer pour trois raisons : les maisons délabrées, pour leur charme cossu, d'autres sont resplendissantes de couleurs, et les grandes villas impressionnent par le luxe qu'elles dégagent.
Si les Européens ont des jardins publics en pleine ville, pour pouvoir les aérer, les Jamaïcains, eux, ont des jardins publics perdus dans la montagne. Ce sont des places où la végétation est apprivoisée, et la vue dégagée. Les gens peuvent y venir pour flâner, pique-niquer, voire camper, tout en profitant d'un magnifique panorama.
Certains colibris sont vraiment minuscules, deux fois plus petits que les guyanais. C'est aussi le cas de pas mal d'insectes et d'araignées.
Bref, de passage à Kingston, j'ai visité downtown. Les agences de voyage, en France, déconseillent de visiter cette capitale, dans laquelle il y a 700 à 1 600 morts par balle par an, ce qui en fait l'une des villes les plus dangereuses au monde, avec Ciudad Juarez et Bagdad. Il y a uptown, qui est la partie bourgeoise, avec ses villas sécurisées et ses gardes privés, et downtown, qui est la partie populaire, "dangereuse". Cette dernière est également plus vivante. Il y a des règles de sécurité, bien sûr (ne pas se promener dans les bidonvilles, ne pas traîner la nuit, ne pas trafiquer de la drogue), mais, si on les respecte, on peut découvrir une constituante de l'âme de la Jamaïque (Bob Marley et de nombreux reggaemen viennent de downtown). Concrètement, dans cette partie de la ville passe King street, qui fait plus penser à la rue de Rivoli, à Paris, qu'à un ghetto. A quelques rues de là, on se sentira comme au marché de St-Ouen : des étals sur tout le trottoir et dans les ruelles, jusque sur la route, où les rares voitures roulent au pas au milieu des badauds, et quelques marchés couverts. Si l'on continue, l'ambiance devient étrange : il n'y a plus de rues, les étals composent un labyrinthe de ruelles, ceux qui sont vides servent d'abris aux vagabonds. Au cœur de ce dédale, une sorte d'usine en ruine sert de marché couvert, dans laquelle on trouve, outre des étals, dont certains sont à même le sol, des joueurs de domino (sport national), des bars délabrés, et un terrain de gravats où semblent vivre quelques oubliés de la société. Même si j'avais encore eu de la batterie, je crois que je n'aurais pas osé sortir mon appareil photo dans un tel endroit.
Bref, il n'y a pas de touriste downtown, et les seuls blancs que j'ai croisés semblaient être des Jamaïcains.
J'avais oublié que les prises électriques changent selon les pays. Je n'ai donc pas rechargé mes batteries, et n'ai pas pu prendre en photo l'anaconda de 4 mètres qu'on a croisé lors du retour, en traversant la Guyane en bus. Dommage, c'était la première fois que j'en voyais un.
Voili, voilou.
Bonnes nuits,
Fabs
Messages perso :
- Maman, bien sûr que j'ai perdu la clef de la chambre d'hôtes, à Port Antonio, et que j'ai dérangé tout le monde à 20h pour qu'on ouvre ma chambre.
- Papa, bien sûr que j'ai perdu quelques euros avec des locaux qui voulaient rendre des services rémunérés (ils appellent ça des "hustlers" sur l'île).
- Séb, la Jamaïque, c'est bien.
-Mehdi, Charlène, la Jamaïque est un endroit génial pour les balades en amoureux.
- Avis aux amateurs, je troque de la corde jamaïcaine contre un adaptateur multiprises (oui, j'avais oublié de prendre mes cordes pour poser mon hamac dans la montagne).
- Steven, les rastas mangent du pain à tous les repas ! En fait, il s'agit de bouts de pâte qu'il font frire pour le petit déj, et qu'ils font bouillir pour les autres repas (ça ressemble alors plutôt à du caoutchouc).
- Maman, le café là-bas (réputé être l'un des meilleurs du monde... en tout cas, ce doit être le plus cher.) est bu dans de grandes tasses (des mugs), et quand on ajoute du sucre, c'est à coup de cuiller à soupe.
- Jérôme, tu as tout-à-fait raison : "plus les choses sont en attente, plus elles ont tendance à le rester". J'espère que tu apprécies donc ma célérité à te répondre. Et je me dois de reconnaître que ce courriel collectif arrive fortuitement à la suite du tien.
- A ceux qui se demandent pourquoi je vais dormir en hamac en pleine jungle, dans un pays que je ne connais pas : si j'avais voulu trouver le confort, je serais resté chez moi.
Une épicerie. Il y a un guichet, comme à la poste, et on commande ce qu'on voit à travers les vitres, ou au fond du magasin. Bien entendu, les prix ne sont pas affichés.
Un chemin dans les montagnes bleues, au cœur des bananiers et des caféiers.
C'est la mode à Kingston.
Des "ackees", fruit national, interdit dans tous les autres pays des Caraïbes à cause de sa toxicité lorsqu'il est cru (non, il n'est pas psychotrope).
Tournage d'un film dans l'hôtel de Port-Royal, la ville des pirates qui a été engloutie par un séisme.
Les pirogues pour aller au Suriname. C'est de Paramaribo que mon avion décolle pour la Jamaïque.
Il y a quelques maisons abandonnées dans les montagnes, et des routes non entretenues.
Les geckos pullulent.
King street, downtown à Kingston. Cela ne ressemble pas vraiment à un ghetto.
Il est interdit de fumer de la ganja dans les lieux publics.
La marina de Port Antonio.
"Fier d'être Jamaïcain", jusque dans les églises !
Le parc de Cinchona, dans les montagnes bleues.
Les colonnes grecques sont à la mode, pour encadrer les terrasses. En général, elles sont accompagnées de grillages pour se protéger des cambrioleurs.
Les " Blues Mountain"; le sommet, c'est le "Blue pick".
Des vélib', dans la montagne ? Remarquez qu'ils n'ont qu'une seule vitesse.
Les bars et les épiceries sont monnaie courante sur le bord des routes de montagne.
Port Royal, "la Sodome des Caraïbes", "la ville la plus dépravée de la chrétienté", engloutie par les eaux en 1692. Ce qu'il en reste est devenu un village de pêcheurs.
Le treck de la montagne vinaigre, dont on m'a dit qu'il était impraticable. J'ai tout de même essayé de le pratiquer. Après avoir tracé mon chemin à coups de sabre (oui, j'avais un coupe-coupe brésilien dans mes bagages), j'ai dû faire demi-tour après le sommet, après m'être perdu dans une forêt très sombre, à plus de 1 600 mètres d'altitude.
Un chemin à Cinchona.
Un monument à la gloire d'un héros national.
Un restaurant à emporter, dans un quartier populaire de Kingston.
Une barque de pêcheur sort de la baie de Kingston, en passant devant Port-Royal.
Une chenille.
Une fleur, que l'on trouve à partir de 1 000 mètres d'altitude.
Une maison ancienne de Port Antonio ( XIXé), où vivaient une bande de rastas et une Canadienne un peu paumée.
Sur les hauteurs de Port Antonio.
Une maison ancienne dans un quartier populaire de Kingston.
Une île à proximité des plages.
Un arbre avec des racines aériennes.




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